À la rencontre de #32 – Patrick Delperdange

L’auteur dont vous pourrez tenter de gagner le livre demain a répondu à quelques questions. Voyons ce que Patrick Delperdange a à nous raconter !

 

Patrick Delperdange, vous êtes connu pour vos romans policiers/noirs et vos romans jeunesse. Vous avez aussi écrit de nombreuses nouvelles. Sans hiérarchiser aucun de ces genres, lequel vous demande le plus de travail ?
 
Il est assez difficile d’apprécier le temps qu’on met à écrire un roman, et plus encore un recueil de nouvelles. Celles qui sont regroupées dans Les corps sensibles ont été écrites au fil de nombreuses années. La plus ancienne a plus de vingt ans (je vous laisse deviner de laquelle il s’agit…) et j’ai écrit la plus récente en début d’année 2024. Mais il faut savoir que je me conforme à un rituel assez strict quand je suis lancé dans l’écriture d’un ouvrage, quel qu’il soit, adulte, jeunesse, roman ou nouvelle. Je rédige en effet chaque jour (ou à peu près chaque jour), deux pages qui suffisent pour qu’à mes yeux, j’aie rempli le contrat moral qui me lie à l’instance supérieure — c’est-à-dire moi, au bout du compte. Je ne sais si tout cela est très clair… (Pour nous, c’est très clair ! )
 
 
Vous avez déclaré : « Assez de cette classification. Mon travail actuel, c’est faire éclater les barrières que l’on pose depuis que la littérature existe. Je n’arrive plus à considérer les genres les uns par rapport aux autres. » Comment vous affranchissez-vous des classifications que les librairies affectionnent tant ?
 
J’ai fait cette déclaration, de manière un peu distraite, lors d’une émission télé remontant à la fin des années 90, et quelqu’un a eu l’idée saugrenue de la replacer sur la page wikipedia qui m’est consacrée. Depuis lors, elle m’est inlassablement resservie en me demandant de l’expliquer. Je dois finir par avouer, contrit et penaud, que je ne le comprends plus. (Oups, on est désolé pour la question bateau…)
 
 
Dans votre recueil Les corps sensibles, vous présentez des personnages aux prises avec les grandes questions de l’existence : la filiation, le passé, la mort, le couple, etc. Je m’attarde sur le premier texte, Les pas perdus de la cigogne : ce texte évoque le passé colonial de la Belgique au Congo. D’où vous est venue l’idée de cette nouvelle ?
       
J’ai appris un jour, comme bon nombre de Belges, que les objets que j’étais allé admirer au musée de Tervuren, avaient pour la plupart été “mal acquis” – euphémisme signifiant qu’ils avaient été tout simplement volés et arrachés à leurs propriétaires africains. Je me suis demandé ce que je penserais de ce fait si j’étais moi-même un descendant des gens qui avaient été spoliés de leurs œuvres. Comme d’habitude quand une chose attire mon attention, j’essaie de voir le monde à travers des yeux qui ne sont pas les miens. J’ai couplé cela avec l’idée du métissage, qui m’intéresse également beaucoup. Après tout, lorsque l’ensemble des habitants de cette planète se seront mélangés les uns aux autres, nous serons tout des métis, n’est-ce pas?
 
 
Nous invitons chaque semaine les internautes à partager leur #MardiConseil. Quel est le meilleur conseil de lecture que vous avez reçu et/ou donné ?
 
Si l’idée est de me demander un conseil de lecture, je ne pourrais que recommander vivement la lecture d’un écrivain hongrois, resté oublié pendant de nombreuses années, et qui a continué, pendant son exil forcé, à tenir son journal. Il s’agit de Sandor Marai, et la découverte de ce journal, publié en trois tomes en français, reste la plus vivifiante et la plus touchante des lectures que j’ai faite ces derniers temps.
 
Chaque début de semaine, nous posons #LaPetiteQuestionDuLundi à nos participants. La plus fameuse d’entre elles est la suivante : Avec quel personnage de la littérature voudriez-vous être coincée dans un ascenseur ? Et pourquoi ?
 
J’ai beau fouiller ma mémoire, je n’ai pas le souvenir d’un personnage de roman qui soit spécialiste de l’entretien des ascenseurs, ce qui est bien dommage dans ce cas précis. Disons que je passerais bien une heure ou deux, coincé dans une cage de verre et de métal, à converser avec le neveu de Rameau, tel que Diderot le met en scène. Il parle tellement, et si bien, que je pourrais me contenter de l’écouter en silence.
 
Un grand merci à Patrick Delperdange pour ses réponses !